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Razzy Hammadi: Secrétaire National du PS chargé des services publics

Réflexion sur La Poste

Posté par Charles CALA 22 - février - 2009

L’idée de la dérive financière de notre système économique est maintenant assez souvent avancée, pour nous ne soyons pas étonnés que les changements annoncés à La Poste relèvent plus de son utilisation comme agent de la financiarisation, que d’une volonté d’améliorer les services rendus.
Même si l’idée de privatisation des bénéfices est présente parmi les objectifs de ces changements comme nous le montrerons dans les trois cas, changement de statut, vente de centres de tri, accord avec la Société Générale, il y a aussi une volonté d’utilisation de La Poste comme garante d’activités financières.
Pour ce faire rappelons d’abord les principes de l’organisation financière avant de montrer comment chacun des projets de changements s’y inscrit.

L’organisation de la financiarisation

Pour bien comprendre les enjeux des modifications en cours à La Poste, il faut d’abord rappeler l’importance et les principes d’organisation des transactions financières.
Ces dernières représentent plusieurs dizaines de fois les transactions sur les biens et les services et comme les bénéfices dégagés sont, en proportion, environ trois fois plus importants, l’ensemble des bénéfices financiers doit être de l’ordre de cent fois les bénéfices initiaux. Puis ces bénéfices repartent dans le système financier permettant le gonflement de la bulle financière.

Mais pour participer à ces transactions il faut disposer de garanties, c’est-à-dire disposer d’un certain capital ou de revenus assurés. Tous les capitaux et tous les revenus ne sont pas considérés comme ayant la même valeur de garantie, les capitaux et revenus publics, ou garantis par un organisme public, des pays développés sont considérés comme les meilleurs garants et permettent,  à montant égal, de participer à un plus grand montant de transactions donc de dégager plus de bénéfices.
Terminons cette présentation en soulignant que sont considérés comme garants publics tous les organismes dont au moins un tiers du capital est détenu par un organisme public.

Ainsi nous pouvons affirmer que si les changements annoncés à La Poste vont permettre à certains organismes privés de dégager des bénéfices, La Poste les intéresse surtout comme garante de leurs transactions financières qui n’auront aucun rapport avec ni avec la qualité du service postal ni avec les investissements productifs que la Banque Postale pourrait financer.

La financiarisation dans les changements

Les statuts

En dépit du discours sur la nécessité de transformer le statut de La Poste pour mieux lutter contre la concurrence, on constate que cette dernière a du mal à émerger. Contrairement aux objectifs des privatisateurs, Commission Européenne  en tête mais elle n’est pas seule, l’ouverture juridique à la concurrence n’a pas conduit, en pratique, à la véritable création d’un marché des services postaux européen.. En effet, dans tous les pays d’Europe, l’opérateur historique garde au moins 90% du chiffre d’affaires du secteur, en dépit du fait que les instances européennes ont introduit le concept de « concurrence asymétrique » ce qui signifie de fait qu’il doit soutenir ses concurrents.

D’ailleurs, en France, les textes nationaux qui obligent La Poste à mettre à disposition de ses concurrents un certain nombre de ses installations et de ses fichiers, appelés « facilités essentielles », reconnaissent implicitement que ces facilités sont de nature monopolistique.

La pression concurrentielle alléguée n’est donc pas suffisante pour justifier le changement de statut.

D’autre part, en cas de besoin d’emprunt, La Poste, organisme totalement public, paierait  moins d’intérêt qu’un organisme semi-public. onc l’intérêt de l’opération est négatif pour La Poste. D’autre part les rendements de La Poste  (l’an dernier 141 millions de dividendes pour un capital estimé à 10 milliards d’euros), ne sont pas très attractifs. Aussi l’intérêt de l’opération se situe ailleurs.

Cet ailleurs semble devoir être la garantie que La Poste, organisme lié à l’Etat, apportera à ses actionnaires privés dans leurs transactions financières extérieures à La Poste selon le cadre décrit ci-dessus. Ce schéma n’est pas irréaliste, le baron Frère, P.D.-G. de Suez a déclaré que c’est ce qui l’intéresse dans la fusion avec Gaz de France est la forte présence de l’Etat au capital comme garantie financière.

Les centres de tri

On ne voit pas quel est l’avantage que peut retirer La Poste de la vente de bâtiments pour lesquels elle devra par la suite payer un loyer. La somme reçue lors de la vente, 200 millions d’euros d’après Le Monde, représente moins de 5% d’une dette évaluée à 5 milliards d’euros, donc la rentrée d’argent sera sans doute inférieure à une année de frais financiers, et représentera à peine plus que les dividendes de 140 millions versées à l’Etat l’an dernier.

Aussi nous devons chercher la logique de l’opération non pas dans une analyse de l’avantage pour La Poste, mais dans celle de l’avantage des actionnaires de l’entreprise immobilière à venir.

Cet avantage n’est pas celui auquel on penser spontanément, le retour sur investissement que sont les dividendes. Si ce retour n’est pas étranger à l’affaire le principal avantage recherché est la possibilité de garantie d’opérations financières par le loyer versé. La Poste étant un locataire très sur, au moins partiellement public,  ce loyer  est assuré à long terme. Aussi lorsque les actionnaires de la société immobilière propriétaire chercheront à emprunter pour d’autres opérations financières, ces loyers seront une bonne garantie de remboursement  et les prêts seront consentis  à des taux plus avantageux pour l’emprunteur.

A contrario, La Poste ne pourra plus offrir en garantie son patrimoine immobilier pour de tels emprunts.

On peut donc affirmer que la vente du patrimoine immobilier a comme objectif de servir les marchés financiers et non le développement de l’économie de biens et de services.

Accord bancaire

Sur ce point,  je ne  dispose pas d’informations aussi sûres que  sur les deux autres points. Aussi vous en ferez une lecture critique tenant compte des informations dont vous disposez vous-même.

Une banque contrairement à l’idée reçue n’a pas pour finalité première la gestion des comptes de ses clients mais le prêt d’argent selon l’adage « ce ne sont pas les dépôts qui font les crédits mais les crédits qui font les dépôts ». Aussi  la critique de cet accord ne peut pas porter sur l’extension  des activités financières de La Banque Postale mais sur ses modalités.

Actuellement la Société Générale n’est pas dans une bonne situation financière, aussi lorsqu’elle a besoin d’emprunter elle paie des intérêts plus élevés que ses concurrentes. Mais en raison de cette concurrence elle ne peut pas élever les taux des prêts qu’elle consent donc sa marge est faible. En s’alliant dans une filiale commune avec un partenaire plus ou moins public, et particulièrement en bonne santé financière, elle peut grâce à cette filiale bénéficier de ressources moins chères et ainsi voir augmenter sa marge. La Banque Postale sert de béquille à la Société Générale. Nous nous trouvons dans une situation proche de celle des banques des E.-U. et d’Angleterre qui ont été secourues par les autorités sauf qu’ici l’Etat ne prend pas le contrôle des établissements aidés.

En conclusion nous sommes très critiques sur ces trois projets. Nous demandons que le parti socialiste si oppose car ils représentent tout autant une menace sur le service public et l’économie française qu’une forme de soumission à la financiarisation.
Charles CALA et le bureau G.S.E.N La Poste

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