Interview de Razzy Hammadi pour Public Sénat :
Journée de mobilisation aujourd’hui dans la fonction publique. Les syndicats appellent les 5 millions de fonctionnaires à défendre le pouvoir d’achat et l’emploi face aux 100 000 suppressions de postes décidées par le gouvernement. Razzy Hammadi, secrétaire national du PS chargé des services publics, accuse le gouvernement de vouloir « tirer vers le bas le modèle social français » et dénonce des mesures qui mènent à « privatiser les services publics ». Entretien.
Que répondez-vous à Eric Woerth qui explique qu’« on ne peut pas faire autrement. Le service public doit être à la fois moins couteux et plus performant » ?
« Nous ne sommes pas fermés sur la question de l’amélioration de la performance économique des services publics. C’est le bon sens. Le problème, c’est que sous prétexte de performance économique, le gouvernement français est devenu le premier licencieur d’Europe avec 100 000 suppressions de postes. Il en annonce 34 000 de plus cette année.
Jamais les services publics n’ont été aussi mal traités, alors qu’on en a énormément besoin. La RGPP (révision générale des services publics, qui entraîne une diminution des effectifs, ndlr) est aveugle et antidémocratique. La Cours des comptes l’a dénoncée aussi. La RGPP, c’est une gestion des politiques publiques importée des pays anglo-saxons où cela a fait des ravages.
Sous prétexte de l’amélioration de la gestion, on taille de manière aveugle dans les effecitfs. La RGPP est un cheval de Troie technocratique cassant l’emploi public, coupant de manière aveugle dans le budget et remettant en cause des missions essentielles au vivre ensemble, comme c’est le cas pour la DDE ou la santé. »
Mais des économies ne sont-elles pas envisageables sans diminuer la qualité des services publics ?
« Ce sont des cabinets privés qui évaluent les services publics. Ils ont quelques fois un intérêt à leur démolition. Qu’on pose la question de manière démocratique. Où faut-il créer de nouveaux services publics ? Où faut-il en conserver ? La seule orientation du gouvernement est de privatiser les services publics. Sous le sceau du bon sens et de la bonne gestion, c’est une politique aveugle et néolibérale. »
Sur la question de la retraite des fonctionnaires, faut-il une équité avec les salariés du privé ?
« Il y a eu un consensus historique autour de l’idée que l’emploi public offrait certains avantages, notamment sur la sécurité de l’emploi, en contrepartie d’une modération salariale par rapport au privé. Pour le privé on est revenu aux conditions de calcul de la retraite. C’était une régression. Maintenant on dit qu’il faut faire converger vers cette régression les régimes des fonctionnaires. Le système des retraites nécessite une réforme. Sauf que la seule idée de la droite est de tirer vers le bas le modèle social français. »
En parlant d’un âge de la retraite à 61 ou 62 ans, considérez-vous que Martine Aubry a repris à son compte les idées de la droite ?
« Non, je ne pense pas. Je pense qu’elle parlait de l’âge effectif de départ et non de l’âge légal. Il est vrai qu’après les régressions de la droite, l’âge effectif n’est plus l’âge légal. C’est la durée de cotisation qui doit être au centre du débat. »
Propos recueillis par François Vignal








