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Razzy Hammadi: Secrétaire National du PS chargé des services publics

Hadopi et les services publics

Posté par CNSP 4 - mai - 2009

Le vote, du Parlement européen, en faveur de l’amendement appelé d’abord 138 et devenu 46, permet une fois mis en perspective, de faire ressortir un certain nombre de points tant dans le champ de l’analyse politique générale que de celui plus spécifique des réseaux de services publics.

Sur le plan de la procédure, l’amendement a comme particularité d’avoir été rejeté par le Conseil des ministres européens mais le Parlement européen s’est opposé à ce rejet et a maintenu l’amendement. Le contentieux entre le Conseil et le Parlement portait sur la question de savoir si l’accès à internet est un droit fondamental. En effet sur le fonds cet amendement fait ressortir le lien entre les services de réseaux et les droits fondamentaux.
Dans les faits à l’occasion d’une nouvelle série de directives européennes sur les télécommunications, l’amendement 138 a été introduit par deux parlementaires européens dont le socialiste G. Bono. Ce texte obligerait toute autorité nationale, devant laquelle une plainte aurait été déposée pour infraction contre le droit de propriété intellectuelle (principalement les infractions contre les droits d’auteur d’œuvres artistiques) lors de l’usage d’internet, à utiliser une procédure judiciaire pour appliquer une sanction à l’auteur de l’infraction.

Cette obligation d’utilisation de la voie judiciaire présente des garanties pour l’auteur de l’infraction, entre autres, il ne peut être jugé sans être entendu.

Comme écrit ci-dessus nous analyserons la situation sous l’angle du politique avant de l’examiner comme un exemple des spécificités des réseaux.

L’approche politique

Le Conseil souhaitait que la sanction puisse être décidée par une autorité administrative, et ce à la demande du gouvernement français comme ce dernier souhaite le faire sur le territoire national. A l’heure actuelle cette autorité n’existe pas dans notre pays, mais sa création est le sujet de la loi dite « loi Hadopi ». L’autorité que cette loi met en place aura pour mission de sanctionner les abus après une plainte des personnes qui estimeront que leurs droits ont été bafoués. Elle n’agira pas selon une procédure contradictoire, dans laquelle la personne poursuivie peut répondre avant toute sanction mais selon une procédure unilatérale, la personne sanctionnée ne pouvant porter plainte qu’après la coupure de son accès à internet qui est la sanction prévue.

L’amendement 138 ayant reçu le soutien d’une majorité de Parlementaires européens et comme la gauche est minoritaire dans cette assemblé ceci signifie qu’un certain nombre d’élus de droite ont voté en faveur du texte. On peut en tirer la conclusion que le gouvernement français a une vision plus restrictive des libertés qu’une partie de la droite européenne.

D’autre part à la veille d’élections européennes, il faut rapprocher cette résistance du Parlement du deux autres de textes soutenus par le Conseil et la Commission. Le premier est le refus d’autoriser l’augmentation du temps de travail hebdomadaire, le second porte sur les contrôles des activités financières.

Ces trois rejets montrent que dans le cadre institutionnel actuel, le Parlement peut s’opposer aux autres institutions, s’il le souhaite il peut être autre chose qu’une chambre d’enregistrement.

SUR LE FONDS

Ce vote montre bien les rapports entre les services publics, ici un service en réseau, et les droits fondamentaux. En effet la lecture des textes portant sur ces droits renvoie leur matérialisation à des services publics, ainsi le droit à l’éducation renvoie à l’école, le droit à la santé au système de soins et à la sécurité sociale. Il en de même pour les services de réseaux, pas de droit d’aller et venir sans réseaux de transport, pas de droit de communiquer sans accès à des réseaux de communication.

On voit ici que la perte d’accès à un internet est une atteinte au droit de communication, c’est d’ailleurs ce qui est avancé par les adversaires de la loi dite Hadopi, seule une autorité judiciaire peut limiter l’exercice d’un droit fondamental.

D’ailleurs ce lien commence à être reconnu indirectement par les autorités européennes avec la reconnaissance du lien entre services publics en réseaux et maintien de l’ordre public, lequel a en grande partie la mission de protéger les droits fondamentaux.
Des agences de sécurité portant sur quelques réseaux, maritimes, aériens, de télécommunications ont été mises en place, leur seul nom d’agence de sécurité montre qu’elles participent à l’ordre public, donc à la garantie des droits fondamentaux.
Il en est de même avec les textes portant sur les infrastructures critiques qui sont les services nécessaires à la vie sociale.

Enfin on voit aussi que dans cette tension entre sanction administrative et sanction judiciaire s’oppose deux visions de la place de l’économie dans notre société. Pour les partisans de la sanction administrative, l’organisation juridique doit avant tout protéger les revenus qui ne peuvent venir que d’une organisation de l’économie sur le modèle marchand, pour les partisans de la sanction judiciaire le droit de propriété intellectuelle ne peut aller à l’encontre des droits fondamentaux.

Il faut remarquer que la Cour de cassation, en introduisant la notion d’infrastructure essentielle, a reconnu que le droit de propriété intellectuelle pris dans son acceptation la plus large est incompatible avec le droit à la concurrence. Pour la Cour, pour ce type d’infrastructure, il faut diminuer le champ du droit de propriété pour que la concurrence puisse apparaitre. L’expression « infrastructure essentielle » désigne des monopoles de fait, comme entre autres le droit d’exploitation d’un brevet ou d’une œuvre intellectuelle.

Enfin il faut rappeler que l’économie de la culture est largement déconnectée du marché. Ainsi la radio ou la télévision hertzienne classique sont payées par la publicité et l’utilisateur final, l’auditeur ou le téléspectateur, jouit d’un service qui pour lui est gratuit.

Aussi au-delà des discussions actuelles il semble bon de s’interroger sur la possibilité d’une rémunération des artistes selon un modèle autre que l’imitation du modèle marchand.

Ainsi après avoir analysé les différences entre les politiques, je pense avoir montré qu’elles ne sont pas seulement une apparence mais qu’elles traduisent deux visions différentes de la société. L’une donne le primat au marché dans toutes les circonstances. L’autre qui place les droits fondamentaux avant le marché, et qui reconnaît que toute activité économique n’est pas marchande, comme l’a dit la Cour de justice de l’Union européenne dans l’arrêt Hutchinson de novembre 2008, doit être la notre.

C.Cala

L’état cautione le plan social de RFI

Posté par CNSP 19 - avril - 2009


COMMUNIQUÉ DE L’INTERSYNDICALE 

 

RADIO FRANCE ET RADIO FRANCE INTERNATIONALE

À l’issue de la manifestation qui a rassemblé un millier de salarié-e-s de RFI et de Radio France, l’intersyndicale des deux entreprises a été reçue par les membres du cabinet de la Ministre de la Culture. Les organisations syndicales sont allées demander le retrait du plan social de RFI et des garanties concernant le maintien des Conventions Collectives.

Le Directeur adjoint du cabinet affirme que :

                L’État revendique et assumera la dissolution de l’Association des Employeurs du Service Public de l’Audiovisuel (prévue le 9 avril) 

                L’État revendique et assumera la mise en cause des Conventions Collectives,

                L’État cautionne le plan social de RFI

 

Sur les Conventions Collectives, l’État validera les choix des entreprises lors des Conseils d’Administration, et renvoie ensuite à des négociations entreprise par entreprise.

«  …Il y a toujours des dégâts collatéraux…/… On ne peut pas donner des engagements…/… Je ne peux pas vous dire demain on rase gratis… », a déclaré le Ministère de la Culture.

Aucune garantie n’a donc été donnée aux salarié-e-s de RFI et de Radio France.

L’État n’a pas donné de garantie sur le fait que les négociations entreprise par entreprise se feront à partir du socle des dispositions conventionnelles existantes.

L’État n’entend pas s’engager sur le maintien du niveau de protection sociale des Conventions Collectives.

En dépit des inquiétudes et de la mobilisation, l’État fait le choix du passage en force et de la confrontation avec les salarié-e-s.


La direction de RFI va engager un plan social de suppression de plus de 200 postes de journalistes et de personnels techniques suivi de réembauches.
Solidaire des agents de RFI, le Parti socialiste a soutenu mardi dernier l’action des salariés par la présence de Benoit Hamon, porte parole, et de Patrick Bloche secrétaire national, lors d’une manifestation.

Dans ce contexte, une note confidentielle de la direction de RFI intitulée « plan de sauvegarde de l’emploi » propose pour ce qui concerne les journalistes, de différencier, dans l’exécution du plan social, les journalistes de rédaction en langue étrangère de ceux de la rédaction en français.
Le secrétariat national aux services publics dénonce donc l’option discriminatoire choisie par la direction générale de Radio France Internationale entre des salariés qui, ayant pourtant la même formation de base, exercent au sein de la même entreprise des fonctions de même nature, et  dont le seul défaut serait de ne pas avoir le français comme langue maternelle ainsi que l’arbitraire qu’ajoute a l’injustice le plan social de RFI auquel le Parti Socialiste s’oppose depuis des semaines au côté des personnels.
Un an après sa prise de fonction, on peut donc légitimement s’interroger en termes de « République exemplaire » sur l’éthique et les pratiques des dirigeants de RFI très proches du pouvoir que sont Christine Ockrent et Alain de Pouzilhac.

Razzy Hammadi: Secrétaire national aux services publics
Pouria Amirshahi : Secrétaire national aux droits de l’homme


Communiqué de presse du secrétariat national aux services publiques : 

 

…Comment nous en sommes arrivés là.

Holding AEF, Audiovisuel Extérieur de la France : une histoire tortueuse

Le projet de la création d’une société mixte radio, télévision, multimédia de l’audiovisuel extérieur public est ancien, puisque le projet avait été évoqué ou lancé dès 1987.

En 1997, c’est le  Président  de RFI, à l’époque, Jean Paul Cluzel  qui à la demande des tutelles en propose la première mouture :Téléfi. Ce projet était bien sûr compris comme une extension naturelle de RFI, chaîne internationale de grande expérience, associée à d’autres opérateurs publics de télévision.

Quelques années et quelques tergiversations plus tard, nous sommes en..

2002 quand une mission qui regroupe de nombreux parlementaires dirigée par François Rochebloine, député UDF de la Loire, est chargée d’élaborer un nouveau projet. En 2003 le rapport est prêt, il propose lui aussi d’associer dans CFII (Chaîne française d’informations internationales), l’ensemble des acteurs publics RFO, RFI, TV5, et L’AFP.

 

2004 Coup de théâtre, lorsque survient un nouveau rapport, celui du député Bernard Brochand  qui suggère pour la première fois d’introduire un acteur privé TF1, du groupe privé Bouygues, au côté de France Télévision, en écartant de l’ensemble RFI, l’opérateur historique, pourtant fort de son expérience de 50 ans à l’international.

Un projet qui déclenche un concert de protestations des sociétés de l’audiovisuel extérieur qui ne comprennent pas qu’on les tienne à l’écart du projet,  mais également de la part de tous les parlementaires co-auteurs du rapport Rochebloine, méfiants vis-à-vis de cette structure publique/ privée, et qui ne comprennent pas que l’on fasse si peu de cas de leur rapport circonstancié et des mois de travail qu’ils lui ont consacré.

La mauvaise humeur des parlementaires va s’exprimer dans leur refus, pendant plusieurs années, de voter les crédits pour cette chaîne hybride. Un refus soutenu par le ministre des Affaires étrangères de l’époque, M. Barnier, qui ne veut pas que le budget des Affaires étrangères, qui cofinance  l’audiovisuel extérieur, supporte ce projet hétéroclite.

Il faudra en 2006 un appui de très haut niveau et un financement spécial du Premier Ministre pour qu’enfin France 24 voie le jour. Une société détenue donc à 50/ 50 par TF1 et France Télévision, même si TF1 n’apporte aucun capital propre à l’entreprise. Malgré les réserves de Patrick de Carolis, PDG de France Télévision, c’est donc cette société qui va démarrer ex-nihilo fin 2006 en recrutant plus de 400 collaborateurs en quelques semaines. Des personnels avec des statuts divers et fragiles. 

 

RFI est là encore soigneusement écartée de cette création. Cela malgré les efforts de M. Antoine Schwarz devenu à l’époque le PDG de RFI. Aucune synergie, aucune proposition de mobilité pour les personnels de RFI, aucun appel aux expériences et aux compétences, aucun projet commun. France 24 se contentera de coloniser, sans aucun accord formel avec RFI,  le réseau unique de correspondants que la radio avait mis en place depuis des années dans le monde entier. 

 

2008, changement d’époque. Naissance de  l’AEF, l’Audiovisuel Extérieur de la France. En préalable France Télévision et TF1 sont sortis  (moyennant dédommagements : pour TF1, la mise de départ était de 17500 €, multipliée par 113 pour partir 3 ans plus tard !) du capital de France 24. Un accord incroyable est pourtant signé au terme duquel l’AEF, société publique (qui n’est alors pas alors encore formellement créée) s’engage à acheter annuellement à TFI 1,7 millions d’euros d’images et cela pour une durée de 7 ans.

Par contre, toujours aucun projet, aucune synergie, aucune offre de mobilité ou de formation au titre de cette mobilité entre les sociétés France 24 et RFI.

M. De Pouzilhac PDG de l’AEF, répète d’ailleurs à l’envie qu’il s’agit bien d’une Holding, mais surtout pas d’une fusion. Donc pas de GPEC, cette Gestion Prévisionnelle des Emplois et Compétences, demandée en préalable par tous les syndicats, et qui pourrait justement servir à mettre en œuvre ces synergies et ces mobilités entre les sociétés. 

Seul projet  présenté comme un préalable impératif, un plan social à RFI concernant 206 postes ETP( équivalent temps plein), soit un nombre encore plus important d’employés travaillant dans tous les services et dans toutes les langues.  

Un plan social qui est une solution paresseuse pour une direction qui trouve plus facile de licencier brutalement plutôt que de se donner la peine et le temps d’étudier ses besoins futurs au regard des personnels, des compétences et des formations à mettre en œuvre dans le cadre de l’AEF.

Pour justifier ce plan les moyens les plus démagogiques sont  employées :  

 

1) Un déficit supposé de 9 millions d’euros que la direction fait valser de semaines en semaines et dont les personnels ont démontré qu’il était complètement artificiel : sous capitalisation manifeste de la chaîne, aucune augmentation de budget depuis des années, rétention par l’Etat en 2006 des économies faites dans la renégociation de l’accord avec TDF ( le Diffuseur de RFI), une  provision qui représente  près de 10,8  Millions d’euros ;  annulation de crédits en 2008, confiscation par les tutelles d’une provision de 225 Millions de francs constituée pour déménagement en 1991. En outre, le plan social est annoncé alors que les comptes 2008 ne sont toujours pas disponibles. 

2) Autre axe de dénigrement : RFI serait archaïque ? Comme toutes les sociétés RFI a considérablement évolué ces dernières années : numérisation, nouvelles technologies, multimédia, la chaîne et ses personnels ont bien évidemment suivi le mouvement, quoi qu’en disent nos nouveaux dirigeants.  Mais pour dénigrer la société tout est bon de la part de la  direction qui est pourtant obligée d’admettre ce capital certifié des 44 millions d’auditeurs de RFI, en face des 80 millions  de spectateurs annoncés comme « potentiels»  par France 24.  Une audience qui fait de RFI la première ou la deuxième radio dans toutes les capitales africaines francophones avec des taux d’écoutes de 20 à 30%. Cela tout en remplissant également d’autres missions inscrites à son cahier des charges: francophonie, aide multilatérale à la formation et à la coopération ; des missions que seul un service public est à même de mettre en œuvre  et sur lesquelles pèsent les plus grandes incertitudes. 

Résultat donc de ce gâchis : 400 personnes embauchées en 2006 dans France 24 et un plan social touchant  206 postes à RFI en 2009?

 Cela alors qu’au plus haut de l’Etat on fait  mine justement de tout faire pour éviter les plans sociaux. Mais il est vrai que l’on s’adresse à des firmes privées…  Il ne viendrait sans doute même pas à l’idée de la droite d’avoir à préciser aux dirigeants d’entreprises publiques qu’ils ne doivent pas engager  de tels plans dans la grave conjoncture actuelle? 

 Et concernant enfin la personnalité de ses dirigeants…

 M. de Pouzilhac était le PDG de France 24, structure publique/ privée, finalement désavoué. Une personnalité qui est administratrice de plusieurs sociétés dont une société de casinos et qui vient de se voir accorder, un parachute doré de plus de 6 millions  d’euros de la part de la société Havas dont il était le PDG. Il bénéficie également d’une retraite « complémentaire » de 32 600 € de la même Havas, son précédent employeur.

Ce qui ne l’empêche pas de percevoir comme PDG de la nouvelle AEF un salaire sans équivalent dans l’histoire de la radio publique. M. de Pouzilhac qui pourtant n’hésite  pas à tenter de culpabiliser les personnels quant à leur responsabilité dans le déficit hypothétique, serait rémunéré plus de 310 000 euros par an, et cela seulement pour la part fixe.

Concernant la place de Mme Ockrent, le risque de conflits d’intérêt que représentait sa nomination à la tête de l’Audiovisuel Extérieur de la France en raison de ses attaches familiales est un euphémisme. Une anomalie bien française qui serait impensable dans la plupart des autres  pays normalement démocratiques.

Citoyen ou client ?

Posté par Leo 9 - mars - 2009

Au moment ou l’Union européenne s’interroge sur le Service d’Intérêt Général (SIG) et où on peut déjà penser qu’il s’agira d’un des enjeux majeurs des prochaines élections européennes, le gouvernement français décrète une réorganisation de l’administration départementale de l’Etat. Aucun débat démocratique me demanderez vous ? En effet, c’est une simple circulaire (Circulaire du 7 juillet 2008 relative à l’organisation de l’administration départementale de l’Etat) qui nous apprend la modification profonde du Service Public. Cette question a du revêtir une importance minime aux yeux du premier ministre pour ne pas être soumis au Parlement. Sauf à penser que cette réforme ait des conséquences sur le pacte républicain,  et qu’il ne s’agisse au contraire d’un enjeux majeur et polémique au sein même de la majorité…

Service Public, Service au public, ou clients en demande services ?

Au fond, que dit cette circulaire ? « Il s’agit de répondre aux besoins des citoyens sur le territoire » 1. Il semble évident que n’importe quel citoyen ou agent de l’Etat approuverait ceci. « C’est pour ces raisons qu’a été retenu le principe selon lequel l’administration territoriale de l’Etat à l’échelon départemental devait être organisée à partir des besoins prioritaires de la population » 1. Ceci me rappelle étrangement une autre définition que j’avais aperçu il y a quelques années dans un Manuel d’Action Commerciale (Les éditions d’organisation – Enseignement supérieur dirigé par François BOUARD, 1996) : « La mercatique (ou marketing) est avant tout un état d’esprit qui s’appuie sur le principe de la souveraineté de l’acheteur ». Le gouvernement ferait il du marketing ? Les préfets vont-ils devenir les nouveaux agents commerciaux de l’Etat en vue de déterminer les besoins des clients sur leurs départements ? Non, me direz vous ; c’est simplement un procédé utilisé en vue de réorganiser l’Etat dans un but d’intérêt général. Soit, mais François BOUARD va plus loin dans sa définition : « La mercatique est souvent perçue en terme d’action et réduite à un ensemble d’outils facilitant la vente des produits de l’entreprise. Alors que la mercatique est avant tout un système de pensée reposant sur un état d’esprit et une démarche stratégique. Il est donc vain d’entreprendre toute action mercatique sans en maitriser, au préalable, les fondements théoriques. » . Je n’ose pas imaginer quels vont être les programmes de formation continu des Agents du Service Public dans les prochaines années pour les transformer en commerciaux.
En synthèse, on nous propose un nouveau système de pensé sans le nommer. Et insidieusement il va intégrer nos structures, nos missions, nos attitudes au quotidien, et notre manière de penser le Service Public.

Des mots différents pour penser différemment

Mais comment cela va se traduire ? Cette circulaire semble indiquer que nous allons devoir penser les citoyens comme des clients. Cela veut également dire que le préfet du Bas Rhin par exemple va analyser les besoins des clients bas-rhinois… Et si les agents de l’Etat ne seront plus en contact avec des citoyens, mais avec des clients qu’est ce que ça change ?
Revenons sur quelques définitions. Un citoyen est une personne qui relève de l’autorité et de la protection d’un État et par suite jouit de droits civiques et a des devoirs envers cet État. Chaque citoyen exerce à sa façon la citoyenneté telle qu’elle est établie par les lois et intégrée dans l’ensemble des mœurs de la société à laquelle il appartient. La citoyenneté est aussi une composante du lien social. C’est, en particulier, l’égalité de droits associée à la citoyenneté qui fonde le lien social dans la société démocratique moderne. Les citoyens d’une même nation forment une communauté politique 2. Le client est une personne qui achète ou requiert des services moyennant contribution 3.

Si on doit penser le citoyen comme un client, il y a un certain nombre d’implicites qui vont avec : Le client est roi !  . Ou encore, à partir du moment où il paye (via les impôts), il a droit à une prestation maximale ! Et lorsque le citoyen se pensera client, il gommera les devoirs assortis à sa condition citoyenne. Un client n’a pas à tenir compte de l’intérêt général. Ce qui l’intéresse est son intérêt particulier par rapport à ce qu’il paye. Le client Canal + achète un service télévisuel pour les produits football et grands films américains. C’est son choix personnel. Si le Service Public de France Télévision ne devait diffuser que ce qui « intéresse » la majorité des citoyens, nous serions très vite lobotomisés par la roue de la fortune, l’île de la tentation et le Bigdil. Il parait par contre d’intérêt général d’avoir des programmes diversifiés, de divertissement, mais également d’information ou éducatif.

Un autre risque lié à cette circulaire est que les nouveaux services marketing des préfectures détermineront les types de services à produire dans les Hauts de Seine et en Lozère. Il y a fort à parier que ce ne seront pas les mêmes… et le contrat social est d’ores et déjà rompu ! Nous aurons des citoyens inégaux face au service public. C’est Jean-Jacques ROUSSEAU qui doit se retourner dans sa tombe 4.
Ainsi, à contrario des Hauts de Seine, le client de Lozère n’aura probablement pas de Conseiller d’Education Populaire et de Jeunesse pour l’accompagner dans sa démarche de Validation des Acquis de l’Expérience puisque le nombre de clients potentiels sur le territoire n’est pas suffisant pour payer un fonctionnaire. C’est la rentabilité qui déterminera le Service Public. Si ce critère de rentabilité avait existé au XIXème siècle, l’Etat français, n’aurait jamais développé le réseau de chemin de fer, et nous nous déplacerions tous exclusivement en voiture aujourd’hui…

Assumons notre rôle d’Educateur-populaire

C’est la conception même du service public qui est attaquée ici. Que ce soit une circulaire qui amène ce changement implique que l’exécutif prend le pas sur le législatif. Les citoyens n’ont pas connaissance de ces changements à venir et ne pourront demander des comptes à leurs représentants au parlement.

Il est de notre rôle en tant que militant ou tout simplement en tant que citoyen, de dénoncer cette entreprise du gouvernement. L’éducation citoyenne, c’est également l’éducation au vivre ensemble, à la démocratie. Pour la sauvegarde du service public, n’hésitez pas à interpeller vos préfets, à alerter vos sénateurs et députés, à informer les citoyens. Si nous voulons espérer quelque chose de ces démarches, c’est chacun d’entre nous qui doit se mobiliser car seule l’action collective est efficace!

Léo

1 Circulaire du 7 juillet 2008 relative à l’organisation de l’administration départementale de l’Etat
2 Définition sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Accueil
4 Définition Le Robert illustré sept 2000
5  Pour aller plus loin : http://fr.wikipedia.org/wiki/Du_contrat_social

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