Deux mois après la fusion de l’ANPE et de l’Assedic, le nouveau Pôle emploi fait face à une envolée du chômage et à la difficile mise en oeuvre du rapprochement. Plusieurs conseillers bretons témoignent ici de leur quotidien.
«On y perd son latin»
«L’effet conjugué de la fusion et de la crise génère des modifications importantes des mesures et aides à la reprise d’emploi. J’ai peu de temps pour en prendre connaissance, les appréhender. Je risque de ne pas toujours renseigner au mieux. Même ceux d’entre-nous qui jouissent d’une grande expérience y perdent leur latin».
«Je m’occupe de 120 chômeurs au lieu de 70»
«Dans la période actuelle, le nombre de demandeurs d’emploi dont chacun d’entre nous doit s’occuper a explosé. En 2006, lorsque le suivi mensuel a été mis en place, on nous demandait d’assurer l’accompagnement de 70 demandeurs d’emploi. Depuis sa mise en place, je m’occupe de 120 à 150 personnes. Je connais des agences ou chaque conseiller a 200 personnes à gérer! Autant dire que c’est impossible d’accorder du temps à tous. Je choisis de me concentrer sur les personnes les moins autonomes. En quelques années, j’ai été contraint de passer de 45 mn d’entretien à 30 mn plus souvent 20 mn, maintenant. Je connais une agence où la direction impose un maximum de 15 min. Aujourd’hui par exemple, j’ai assuré douze entretiens physiques et quelques autres au téléphone.»
«On ne va plus sur le terrain»
«Il peut y avoir un mois de délai entre le moment où un demandeur d’emploi s’inscrit de chez lui et le moment où il est reçu pour le calcul de ses droits et le premier entretien qui permet d’établir son projet de retour à l’emploi. Beaucoup de temps perdu avant de bénéficier des premiers conseils de technique de recherche d’emploi. Beaucoup d’entre eux sont autonomes, mais un grand nombre a réellement besoin d’un accompagnement pour se dépatouiller (construire un cv, apprendre à consulter les offres sur internet, trouver les entreprises, chercher une formation…). Conséquence: on ne me donne plus le temps d’aller sur le terrain, au contact des entreprises recueillir des offres ou les informer sur les mesures d’aide à l’embauche».
Le 3949
«Autre conséquence de la fusion: le 3949, le seul numéro téléphonique pour joindre un conseiller. Au bout du fil, c’est un conseiller d’une des agences du département qui prend la communication du demandeur d’emploi, la transcrit par mail à l’agence du conseiller, puis le conseiller référent reçoit ce courriel sur sa boîte personnelle… Ensuite, quand je rappelle ce demandeur d’emploi, si je tombe sur son répondeur, toute l’histoire recommence. Nous finissons par voir la personne se présenter à l’agence souvent un peu énervée. Je pourrais donner le numéro de ligne directe mais comme aucun conseiller n’a de bureau fixe, ça ne sert à rien».
«Formé en cinq jours»
«Du fait de la fusion, j’ai reçu une formation de cinq jours pour apprendre les rudiments du métier d’agent de l’Assedic. De la même façon, un agent ex-Assedic aura en plus pour mission le suivi mensuel d’un plus petit nombre de demandeurs d’emploi. Il n’a reçu que quelques jours de formation. Notez bien qu’un conseiller à l’emploi ex-Anpe était formé pendant six mois puis était soumis à un examen pour valider ses connaissances du métier. Et même après cela, il nous fallait encore plusieurs mois pour commencer à être réellement à l’aise sur ce poste. Je m’interroge sur la qualité du service qui va être rendu».
«Je gagne 30% de moins qu’un agent Assedic»
«A terme, la cohabitation peut être difficile entre les agents ex-Assedic et ex-Anpe du fait d’un écart de salaire important. Comment puis-je accepter de faire partie de la même entreprise, d’avoir des niveaux de responsabilités équivalent et de percevoir un traitement d’environ 30% inférieur à celui d’un agent venu de l’Assedic? C’est une situation qui ne peut que créer des tensions.